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  • : Les Chants d'Aïmalun
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  • : Blog de poésie, d'amour, de rêves, d'humeurs
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Texte Libre

Un soir de demi-brumes à Londres

Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre

Et le regard qu’il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte…

 

Au tournant d’une rue brûlant

De tous les feux de ses façades

Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades

Une femme lui ressemblant…

 

C’était son regard d’inhumaine

La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d’une taverne

Au moment où je reconnus

La fausseté de l’amour même…

 

J’ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle

Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles

Me rendirent si malheureux…

 

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire

Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir…

 

Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses…

 

Apollinaire  La chanson du mal aimé (extrait).

 


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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 20:13

Par une matinée de fin d’été, abandonné de tous ou presque, dans une chambre de misère, mourrait, l’un des plus grands, sinon le plus grand des poètes de langue Française. Charles Baudelaire lors de sa lente agonie ne pouvait plus prononcer qu’un mot de deux syllabes, crénom. Celui qui déclara, «  manier savamment une langue c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire », par aphérèse de sacré, avec cet ultime juron tronqué, quelle puissance évoqua t’il, pour libérer son âme d’un corps devenu prison ?

 

 

J’avais 14 ans lorsque l’une de mes tantes et marraine, professeur de son état, m’offrit « les Fleurs du Mal ». Ce fut une révélation jamais démentie, ce recueil est devenu pour moi comme un sémaphore, qui balise l’océan houleux de mes nuits.

La mort de Baudelaire

Ô magicien des mots, ô maître des mystères,

Baudelaire mon frère,

Baudelaire Mon père,

Baudelaire mon enfant.

Jeté sur un grabat bordé par la misère,

Empuanti des vers et rongé par les rats,

Ta bouche ne dit plus que deux vagues syllabes,

D’une langue qui tremble, d’une lèvre qui bave.

Crénom, Crénom, Crénom !

Le regard au plafond tu cherches un coin d’azur,

Tes yeux qui ne voient plus, s’arrachent sur les murs.

« Anges plein de santé, connaissez-vous les fièvres,

Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,

Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,

Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les fièvres ? »

« Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! »

Ô magicien des mots, ô maître des mystères,

Baudelaire mon frère,

Baudelaire Mon père,

Baudelaire mon enfant.

Dans ton âme troublée tu as cherché l’idéal,

Enfantant la beauté dans les affres du mal,

Et ces fleurs vénéneuses que tu nous as données

Ont des sucs plus puissants que les roses d’été.

Crénom, Crénom, Crénom !

C’est le mot de la fin, le dernier mot qui blesse,

De rages et de douleurs, comme un cri de détresse.

« Sois sage, ô ma douleur, et tiens toi plus tranquille

Tu réclamais le soir, il descend, le voici.
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci. »

« Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! »

Ô magicien des mots, ô maître des mystères,

Baudelaire mon frère,

Baudelaire Mon père,

Baudelaire mon enfant.

Tu as défait le lit des élégies classiques,

Portant pourtant ton cœur aux poètes d’antan,

Tu as porté nos douleurs à l’orgue des suppliques,

Lancées comme des feux, aux faces des cieux changeants.

Crénom, Crénom, Crénom !

Dans la douceur montante d’un matin qui s’éclaire,

Ce jour là, qui pleura, la mort de Baudelaire ?

« Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe,

Loin du noir océan de l’immonde cité,

Vers un autre océan où la splendeur éclate,

Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?

Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? »

« Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! »

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AïmalUn/Jean-Baptiste - dans aimalun
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commentaires

richard 10/04/2007 21:52

Texte nous suggérant une unité secrète entre les univers sensoriel et spirituel, unité que le poète aurait charge de comprendre et de traduire... Quel bel hommage....

Crépusculine 09/04/2007 20:10

Bisous chocolatés très ensoleillés.

Patrick 05/04/2007 09:15

Les plus grands finissent souvent au plus bas.Tu rends là de façon remarquable un bel hommage à cet immense poète.

Crépusculine 02/04/2007 22:01

Quel hommage dit avec tant de sincérité et si poignant. S'il a des descendants, il faudrait qu'ils lisent ce poème. Bisous

Valentine :0056: 01/04/2007 22:50

Très bel hommage à un poète dont tu es en effet si proche... Jamais je ne l'ai imaginé vieillissant ni jurant "crénom", et pourtant tu présentes la chose d'une manière bien plausible ; les citations sont magnifiquement adaptées. Bravo.