Un soir de demi-brumes à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte…
Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant…
C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même…
J’ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux…
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir…
Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses…
Apollinaire La chanson du mal aimé (extrait).

The mind is its own place, and in it self can
make a heav’n
of Hell, a Hell of Heav’n”
Milton,Paradise
Lost.
Les textes de ce blog sont une propriété intellectuelle et font l'objet d'un dépôt légal.
Textes protégés par une licence Creative Commons.
Les chants
d'AïmalUn Sur: IN LIBRO VERITAS

J’ai fait cet hommage à Pablo Neruda en pensant à Martine http://www.valentinem.com
« Le Printemps est inexorable »
Pablo
Tes mots ruissellent comme des larmes
Sur nos poitrines fatiguées
Dans le Chili amer des armes
La liberté assassinée
Toujours l’amour qui nous cheville
L’âme au corps et le cœur debout
Toujours nos frères que l’on fusille
Le sang faisant rougir la boue
Ils mirent tes livres aux bûchers
Alors naquirent mille étoiles
Dans les nuits de la liberté
Pablo
Tes mots ruissellent comme des larmes
Sur les peaux usées du destin
Les mains du jour diront demain
Dans les cœurs que l’amour désarme
Et pour vingt poèmes d’amour
Une chanson désespérée
Une guitare pour pleurer
Quand nos yeux disent un autre jour
Dans les nuits de rêves brisés
Le silence de nos frères d’armes
Sera la prière partagée
Pablo
Tes mots ruissellent comme des larmes
Nous laisseront courir les vents
Et quand mourra le bruit des armes
Nous chanterons dans le printemps
Pablo
Avec toi avec tous les autres
La lumière enfin retrouvée
Dans un monde qui sera le nôtre
Terre d’amour et de liberté
Pablo
Jean-Baptiste.
La chanson noire
Je vais dire la légende
De celui qui s'est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit
Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l'injustice rebelle
Paris ou Santiago
Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan
Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d'Atacama
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
O mon pays de salpêtre
D'arsenic et de guano
Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l'aigle des Yankees
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays
Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant
Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
Paroles: Louis Aragon. Musique: Jean Ferrat .
Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.
Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.
Je ne suis rien venu résoudre.
Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.
Pablo Neruda (El canto General)
Penché dans les soirs je jette mes tristes filets
à tes yeux océaniques.
Là s’étire et flambe dans le plus haut brasier
ma solitude qui tourne les bras comme un naufragé.
Je fais de rouges signaux sur tes yeux absents
qui palpitent comme la mer au pied d’un phare.
Tu ne retiens que ténèbres, femme distante et mienne,
de ton regard émerge parfois la côte de l’effroi.
Penché dans les soirs je tends mes tristes filets
à cette mer qui bat tes yeux océaniques.
Les oiseaux nocturnes picorent les premières étoiles
qui scintillent comme mon âme quand je t’aime.
La nuit galope sur sa sombre jument
répandant des épis bleus sur la campagne.
Pablo Neruda. (Vingt poèmes d’amour, chant VII)
Commentaires