Un soir de demi-brumes à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte…
Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant…
C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même…
J’ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux…
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir…
Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses…
Apollinaire La chanson du mal aimé (extrait).
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Jouer avec nos mots
Comme l’acrobate avec le saut de l’ange
Lorsque la mort regarde le spectacle
Jouer avec nos corps
Lorsque l’ange fait la bête
Jouer avec nos corps sans l’entrave
Comme l’eau roulante des gaves
Sur la pierre éclaboussée de lumière
Jouer en toi qui te joue en moi
T’éclabousser toi
Qui m’éclabousse
Toi qui me pousse aux bouts des nuits
Aux bouts des marges où sont les gouffres
Jouer à jouir
Jouir de jouer
Des yeux comme des lunes
Qui voient le noir et pleurent le jour
Ton corps toujours qui revient
Comme un ressac violent
Comme une eau qui monte et qui prend
Jouer avec ta vague
Lorsque tremble la chair
Jouer ensemble
Toi qui tant et tant
Habite mes nuits
Habille mes nuits
Toi qui tant et tant
Déshabille mon cœur
Qu’enlacent tes bras blancs
Jouer ton ventre sur le mien
Comme le vent sur l’océan
Qui fait blanchir dans la lumière
Les eaux chantantes d’outremer
Jouer avec le temps
Parce que la mort est à l’affût
De nos vies brèves
Alors nous diront le rêve
Les yeux au creux des yeux
Lorsque naissent les ombres
Jouer au jeu
Des je qui se ressemblent
Ensemble.
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