Un soir de demi-brumes à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte…
Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant…
C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même…
J’ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux…
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir…
Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses…
Apollinaire La chanson du mal aimé (extrait).
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Tu es devenue l’envers d’un bien pâle décor
Tes couleurs ont fondues aux eaux sales du temps
Sur notre amour passé ton ombre qui s’étend
Eteint les derniers feux qui agitèrent nos corps
Et je suis devenu cette ombre de ton ombre
Dans le froid silencieux de deux cœurs qui se glacent
Se regardant sans rêves et chacun à sa place
Oublieux de l’oubli des mémoires qui sombrent
Oublieux des printemps où les lumières font l’ombre
Nos ombres d’aujourd’hui sont celles de la nuit
D’une nuit sans parfums sans étoiles et sans vie
D’une vie qui se perd dans des lambeaux d’oubli
D’une flamme tremblante qui vacille et succombe
D’un amour qui trébuche qui se meurt et qui tombe…
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