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Texte Libre

Un soir de demi-brumes à Londres

Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre

Et le regard qu’il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte…

 

Au tournant d’une rue brûlant

De tous les feux de ses façades

Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades

Une femme lui ressemblant…

 

C’était son regard d’inhumaine

La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d’une taverne

Au moment où je reconnus

La fausseté de l’amour même…

 

J’ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle

Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles

Me rendirent si malheureux…

 

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire

Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir…

 

Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses…

 

Apollinaire  La chanson du mal aimé (extrait).

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Dimanche 27 janvier 2008

La courbe et l’insensé,

La vie qui partira,

Tous les mots épelés,

L’appelée qui s’en va.

Le temps,

Oh, le temps !

Amant insaisissable des sables et des vents,

Le corps tremblant

Sous la main griffeuse et qui caresse,

Le cœur battant

Sous la battue comme l’oiseau que blesse

Et tue,

L’archer de ma faiblesse.

La bouche qui s’entrouvre, pour dire comme un baiser

Mourant sur les lèvres défaites.

Ô mon amour, je t’ai pensée je t’ai aimée

Je t’ai vécue comme une fête.

Mon amour, froide et glacée

Et nue.

Sous la pâle clarté d’une lune d’oubli,

J’interroge les eaux des fontaines de vie,

Les larmes de l’orage, les sources de la nuit,

J’interroge les mages et le dieu qui me fit,

Et le mal et le bien et le ciel et l’enfer,

Et le souffle des dunes, tremblantes des déserts,

Tous les poissons d’argent qui enfantent les mers,

Tous les oiseaux migrants qui fécondent les terres.

Ô ma douleur !

Au soir où s’éteindront les rêves,

Lorsque pâliront les couleurs,

A l’heure brève,

Dans les yeux de la mort s’effacera le temps.

Oh, le Temps !

par AïmalUn/Jean-Baptiste publié dans : aimalun
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