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Texte Libre

Un soir de demi-brumes à Londres

Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre

Et le regard qu’il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte…

 

Au tournant d’une rue brûlant

De tous les feux de ses façades

Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades

Une femme lui ressemblant…

 

C’était son regard d’inhumaine

La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d’une taverne

Au moment où je reconnus

La fausseté de l’amour même…

 

J’ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle

Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles

Me rendirent si malheureux…

 

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire

Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir…

 

Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d’ahan

Ton cours vers d’autres nébuleuses…

 

Apollinaire  La chanson du mal aimé (extrait).

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Dimanche 20 avril 2008


Jouer avec nos mots

Comme l’acrobate avec le saut de l’ange

Lorsque la mort regarde le spectacle

Jouer avec nos corps

Lorsque l’ange fait la bête

Jouer avec nos corps sans l’entrave

Comme l’eau roulante des gaves

Sur la pierre éclaboussée de lumière

Jouer en toi qui te joue en moi

T’éclabousser toi

Qui m’éclabousse

Toi qui me pousse aux bouts des nuits

Aux bouts des marges où sont les gouffres

Jouer à jouir

Jouir de jouer

Des yeux comme des lunes

Qui voient le noir et pleurent le jour

Ton corps toujours qui revient

Comme un ressac violent

Comme une eau qui monte et qui prend

Jouer avec ta vague

Lorsque tremble la chair

Jouer ensemble

Toi qui tant et tant

Habite mes nuits

Habille mes nuits

Toi qui tant et tant

Déshabille mon cœur

Qu’enlacent tes bras blancs

Jouer ton ventre sur le mien

Comme le vent sur l’océan

Qui fait blanchir dans la lumière

Les eaux chantantes d’outremer

Jouer avec le temps

Parce que la mort est à l’affût

De nos vies brèves

Alors nous diront le rêve

Les yeux au creux des yeux

Lorsque naissent les ombres

Jouer au jeu

Des je qui se ressemblent

Ensemble.


par AïmalUn/Jean-Baptiste publié dans : aimalun
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Dimanche 13 avril 2008

 

 

Les Sept Epées d’un Capitaine

 

 

 





La première illégitime

Qui dit- on aveugle devint

Fut conçue entre l’âne et le foin

Des désirs d’une péronnelle

Pour les gloires d’un capitaine

 


La seconde du vif-argent

Prémices des gloires Divines

De son époux fera un rôt

Pour l’enfer que Satan anime

Yahvé trembla en l’accueillant

 


Le troisième pour porter beau

Exulta dans la limonade

Le corps chevillé au bistrot

Il sacrifia ses désirades

A tous les revers de drapeaux

 


Le quatrième comprit tôt

Tout le funeste du présage

Et s’écarta tout aussitôt

De cette couvée de sauvages

Abandonnant son frère jumeau

 


Le cinquième osa s’attaquer

Au privilège indiscutable

Du pater qui pétait à table

Hélas ce crime inexpiable

Le fit sombrer dans la folie

 


Le sixième faut-il le taire

Ame incomprise doux délire

Rêve de rose féminin

Bas en résille souliers satins

Et n’a qu’un œil pour le dire

 


La septième enfant s’énivra

Buvant le vin de son baptême

Moitié méduse moitié sirène

Elle abreuva de ses blasphèmes

Toutes les gloires d’un capitaine

 

 

 

 






La première illégitime
Irritée parfois se déprime
Et dépose sur quelques cercueils
Sa poussière de mauvais œil



La seconde mater dolorosa
Fut aussi mère du prophète
Du paradis elle se glosa
Et mit Satan dans toutes ses fêtes



Le troisième bellâtre fut
Et engendra force artistes
Quand toute honte il eut bu
Parade avec les clowns tristes



Le quatrième que la guerre tourmenta
Point né pour être un grand guerrier
La tempête le dissipa
Avec son chien pour écuyer


Son jumeau sans sépulture
Erre à la surface des eaux
Riche tombeau belle sculpture
A celui qui ramène ses os



Le sixième promis pour être mage
Ne fut pas même un enfant sage
Car les folies orientales
Visitaient son astre fatal



La septième offrait son cœur en or
Pour cela châtiée et privée de tombe
Elle fut sur mes mains j’en pleure encore
Pour s’être appelée Colombe

 

 

 

 

 


Mais la première revient toujours

Pour tourmenter les survivants

Légitimes et sans amour

Tous iront les pieds devant.

 

par AïmalUn/Jean-Baptiste
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