« Il ne faut pas
perdre de vue que notre âme est souvent, à nos propres yeux, une puissance très folle, et qu’il y a en l’homme bien des régions plus fécondes, plus profondes et plus intéressantes que celles de
la raison et de l’intelligence. »
Maurice
Maeterlinck.
L’imaginaire pend aux rideaux
Vos jambes croisent et se décroisent
Mille raisons mille prétextes
Et vos discours de logique
Votre grande manipulation
Je préfère mes délires vagabonds
Aux exégèses de vos analyses
Mes illuminations embrouillées
Aux diktats de vos compassions
A l’intelligence lumineuse de vos rhétoriques admirables
Le mot qui viole le discours
La main qui prend sans réfléchir
L’oreille qui n’entend plus
Que le mugissement du sang dans mes artères
La parodie sentimentale est passée sous la table
Dans le dédale des pieds de chaises
Sur le parquet de chêne vernis
Vidons les poubelles de la mémoire
Mais archivons
Soyons raisonnables
Et la raison se penche sur l’enfant malade
Elle pose ses mains de raison sur le front brûlant
Ses mains de brave fille studieuse
Ses mains d’ignorance
Madame ma raison
Il y a des jours où vous êtes fringuée comme une pute
Comme une intelligence sans histoire
Qui racole sur les trottoirs du temps
Les pieds dans les talons de l’autorité
Vous rangez vos souvenirs avec vos sous-vêtements
Dans des tiroirs élastiques
Vous nettoyez les indélicatesses
Avec la rigueur d’un procès verbal
Je préfère mon imagination à vos mascarades
Je traque vos vérités dans les nuits troubles
J’étrangle sans haine vos idées bien faites
Je disparais dans les brumes glacées
Prédateur des carnets sans notes
Des pages vierges
Madame ma raison
Je vais nager entre les eaux de ton souffle
Comme une forme changeante
Comme une éponge ivre
Dans le pacte du vertige
Dans le reniement des impostures
Au creux de la blessure
Rire et rire encore
Je consumerais mes ardeurs à fouiller tes recoins d’ombre
Jusque dans tes entrailles les plus secrètes
Dans le ventre où gisent tes
douleurs
Dans les fumures bleues de tes affres
Je verrais ce qu’il y a !
Madame ma raison
Vêtue de strass et de toc
Demain j’aurais la lame assassine
Celle qui lacère les beaux habits
Qui rouvre les cicatrices bien faites
Qui met à nues les chairs de vérités
La main extirpeuse
Des chancres enfouis
Dans le déchirement des non-dits
Alors
L’âme murmurant la prière des agonisants
Sur le front de l’enfant malade
Posera l’éternel baiser
L’œil au fond du gouffre
Regardera s’élever dans un ciel de lumière
L’aile des aubes immaculées.
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